Les images de la révolte lycéenne (blocages, incendies de poubelles et autres, affrontements avec la police) ont déjà fait le tour du monde. Partie des quartiers populaires de la banlieue parisienne, cette révolte inattendue et spontanée s’est propagée en quelques jours à l’ensemble du pays touchant la plupart des lycées des grandes agglomérations mais aussi ceux de villes plus modestes. À l'heure actuelle (mi-octobre), près d'un tiers des lycées ont été touchés par la révolte depuis le début du mouvement. Depuis lors, la contestation s'est étendue aux universités et a inspiré des lycéens en Belgique et en Italie, qui s'identifient à ses revendications.
Contrairement aux mouvements de jeunesse précédents, celui-ci n'est pas né en opposition à une nouvelle réforme gouvernementale, mais d'une profonde frustration face à la situation actuelle. Les lycéens dénoncent leurs conditions d'étude : des classes surchargées, des postes d'enseignants vacants, un emploi du temps scolaire inadapté (de 8 h à 18 h), des locaux insalubres (rats, fuites d'eau, etc.), un froid glacial en hiver et une chaleur torride en été, l’anxiété et la pression liées au système d’admission à l’université (Parcoursup : la plateforme rigide et fastidieuse d’accès à l’enseignement supérieur) et le sentiment d’être laissés pour compte, surtout pour les élèves issus des banlieues, en particulier ceux qui fréquentent les lycées professionnels.
À tout cela s’ajoutent de vives inquiétudes quant à l’avenir bien sombre qui se dessine : précarité grandissante, détérioration des conditions de travail, arrivée possible de l’extrême droite au pouvoir, changement climatique, guerre …. Cette révolte témoigne d’un malaise profond. Le conditionnement, la reproduction des structures et des dynamiques sociales, ainsi que leur légitimation par l’institution scolaire, constituent en soi une forme de violence. Mais elle devient insupportable lorsqu’elle se déroule dans des conditions indignes et qu’elle n’offre comme seule perspective qu’un travail misérable, payé des miettes, qui ne permet même pas de vivre dignement.
Pour comprendre la portée politique et les perspectives de ce mouvement, il faut examiner le contexte économique, politique et social dans lequel il a vu le jour.. Le mode de production capitaliste est plongé dans une crise qui, sans l’intervention révolutionnaire du prolétariat, risque de déboucher sur une guerre généralisée. L’exacerbation de la concurrence entre les États et l’intensification des rivalités inter-impérialistes qui en découle nous poussent vers ce point. Partout, on observe une augmentation des budgets militaires, une réduction des dépenses sociales et une préparation idéologique des populations. Le prolétariat mondial subit déjà les conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient à travers l’inflation, qui rogne les salaires. Il en résulte une nette détérioration des conditions de vie et de travail qui suscite inévitablement une réaction des travailleurs. Pour comprendre la portée politique et les perspectives de ce mouvement, il faut examiner le contexte économique, politique et social dans lequel il a vu le jour. Le mode de production capitaliste est enlisé dans une crise qui, sans l’intervention révolutionnaire du prolétariat, risque de déboucher sur une guerre généralisée. L’exacerbation de la concurrence entre les États et l’intensification des rivalités inter-impérialistes qui en découle nous poussent vers ce point. Partout, on observe une augmentation des budgets militaires, une réduction des dépenses sociales et une préparation idéologique des populations. Le prolétariat mondial subit déjà les conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient à travers l’inflation, qui érode les salaires. Cela se traduit par une nette détérioration des conditions de vie et de travail, provoquant inévitablement une réaction de la part des travailleurs. C’est ce que l’on constate en Espagne avec les manifestations pour le droit au logement et, peu avant, avec les grèves chez Airbus ; en Belgique avec les manifestations contre l’austérité ; en Allemagne avec les grèves étudiantes contre le nouveau service militaire… La révolte des lycéens s’inscrit pleinement dans cette dynamique de résistance, aussi limitée et insuffisante soit-elle.
Si l'on se concentre sur la situation spécifique de la France, on peut ajouter que le pays semble affaibli. C'est l'un des pays les plus endettés de l'UE, raison pour laquelle le gouvernement tente d'imposer un plan d'économies de 54 milliards d'euros prévoyant la suppression de près de 1 600 postes d'enseignants l'année prochaine. Les perspectives de croissance sont faibles et, à en croire les économistes, une crise financière menace. On ne compte plus les articles dans la presse sur le déclin et le décrochage français. Le gouvernement dispose donc de peu de marges de man?uvres pour répondre aux revendications lycéennes. Enfin l’instabilité politique demeure depuis que le gouvernement ne dispose plus de majorité à l’assemblée. Les prochaines élections présidentielles dominent l’actualité médiatique et apparaissent à beaucoup comme l’unique perspective de changement.
La réaction immédiate du gouvernement a été une répression brutale. Nul doute que le fait que cette révolte soit issue des quartiers populaires de banlieue parisienne, où vivent de nombreux jeunes issus de l’immigration, n’est pas étranger à cette décision. Ce faisant, le gouvernement a contribué à la propagation de la révolte, car les images de la répression policière ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux. À ce jour, on dénombre un peu plus de 6 800 arrestations et plusieurs blessés graves (deux lycéens ont perdu la vue d’un ?il, un autre a subi une double fracture de la mâchoire, un autre a eu la main arrachée à la suite de l’explosion d’une grenade de désencerclement). Dans le même temps, le gouvernement et une partie de la classe politique, pleinement soutenus par les médias grand public, ont multiplié les déclarations polémiques, dénonçant à la fois la violence des lycéens et l’instrumentalisation du mouvement par La France Insoumise (LFI) et des groupes d’ultra-gauche. Tout cela dans le but de discréditer les opposants politiques et la lutte des lycéens, d’en occulter les causes profondes et de légitimer la répression féroce dont elle fait l’objet. A rebours de la rhétorique admirative qui entoure la soi-disant « génération Z » et les jeunes présentés comme une « nouvelle force révolutionnaire », nous réaffirmons qu'ils ne constituent pas une classe sociale et que la seule classe véritablement révolutionnaire est la classe prolétarienne. Les jeunes appartiennent à différentes classes aux intérêts divergents : les enfants de la classe prolétarienne constituent la majorité du mouvement, certains espèrent encore un avenir digne dans le monde du travail, d’autres savent qu’ils n’en ont déjà plus aucun, et à eux se sont joints quelques membres de la classe moyenne qui craignent un déclin social progressif.
Si nous ne pouvons que nous réjouir de voir la jeunesse briser la paix sociale et lutter avec détermination, nous devons néanmoins relever les faiblesses de la lutte en cours. L'absence d'orientation de classe et la tendance à l'isolement constituent ses principales faiblesses. Les lycéens ont réussi à étendre leur lutte à l’ensemble du pays, puis aux universités et même, aujourd’hui, à certaines grandes écoles et établissements privés. Cependant, bien que la colère soit palpable dans tout le pays, à de rares exceptions près, ils ne semblent pas disposés à étendre la lutte à d’autres secteurs. Même les personnels scolaires n’ont pas cherché à se joindre à eux, ou du moins ne l’ont pas fait en masse. Les syndicats d’enseignants ont répondu à l’appel des lycéens pour manifester le 6 octobre, aux côtés des parents et des simples citoyens, mais pas tant pour créer un véritable front de lutte et promouvoir ainsi des revendications communes, que principalement pour protéger les élèves de la police. Cela a certes donné lieu à des manifestations de masse (450 000 personnes dans toute la France), mais tout à fait inoffensives. Ce qui est remarquable, ce n’est pas seulement que les enseignants n’aient pas fait grève en tant que travailleurs engagés dans la lutte, mais surtout que leur nombre ait été si faible. Après les scènes de violence policière vues par tous, on aurait pu s'attendre à une forte mobilisation des enseignants, tout comme celle d'autres travailleurs… La grève du 13 octobre dans l'éducation n'a pas connu un meilleur sort ; selon le ministère, environ 5 % des enseignants y ont participé…
Sans orientation de classe, ce sont les orientations de la classe moyenne et de l'aile gauche de la bourgeoisie qui prévalent. Nous n'avons pas d'opposition de principe aux classes intermédiaires ; face à la bourgeoisie, il est essentiel qu’une partie d’entre-elles se joignent à nous, mais c'est à elles de suivre notre voie, et non l'inverse. Le prolétariat doit imposer sa direction et ne pas suivre « les jeunes » comme s’ils constituaient une avant-garde. Si les lieux de production et de circulation des marchandises ne sont pas touchés, le rapport de force ne peut être suffisant.
L’absence de critique de la La France Insoumise et même l’adhésion de beaucoup de jeunes à son discours illustrent les illusions démocratiques. Ainsi nous avons pu voir des élus de LFI avec leur écharpe tricolore se faire applaudir par les lycéens et même chanter la marseillaise à leur initiative. Mélenchon espère surfer sur ce mouvement pour se faire élire dans quelques mois.
Syndicats, partis de gauche mais aussi gauchistes contribuent à éloigner la jeunesse de la seule voie possible : l’extension et la généralisation de la lutte autour de revendications unitaires. Les gauchistes constituent en général le maillon permettant d’épuiser les éléments les plus combatifs. Leur posture pseudo radicale et leur phraséologie révolutionnaire en séduisent plus d’un. Prétendre que les affrontements avec la police, les incendies et autres actes similaires constituent le summum du radicalisme et un exemple à suivre est ridicule, empêche souvent le mouvement de se développer et, en fin de compte, révèle une faiblesse fondamentale.
Certains gauchistes, plus rusés que d’autres, vont même jusqu’à adopter des mots d’ordre révolutionnaires, critiquant les directions syndicales et appelant à l’extension du mouvement à la classe ouvrière. C’est particulièrement vrai pour Révolution Permanente (un petit groupe trotskiste, issu d’une scission du NPA), assez actif au sein du mouvement, mais qui contribue en réalité à désorienter et à éloigner les jeunes des méthodes de lutte de classe. Ils encouragent notamment la participation des jeunes à la journée de mobilisation contre la vie chère du 17 octobre, aux côtés des Gilets jaunes, des agriculteurs, etc., pour ce qu’ils qualifient de « convergence de la colère », et réclament que ce soit une journée de grèves massive… même si le 17 tombe un samedi !
Sans la participation active du prolétariat, il est très probable que le mouvement s'éternise, ponctué de journées de mobilisation syndicale servant de soupape de sécurité, jusqu'aux élections présidentielles, perçues comme l'aboutissement de cette colère. La fatigue, l'épuisement et la répression feront le reste.